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L’histoire des 100 tours

À Ride On Lille, nous aussi nous avons nos petites histoires pour Noël, nous allons vous conter celle des 100 tours solo d’Antoine Quertemps, dit Kerker, lors des 24h du Mans 2018. Qui est Antoine ? Venez à un créneau vitesse pour le découvrir !

Mes 100 tours

Juillet 2017, premier 24h du Mans en solo terminé.

Le sentiment le plus appréciable à la fin de ces 24h, a été de pouvoir rouler avec les amis des autres équipes engagées, car pendant les autres 24h où j’ai été en équipe, on ne pouvait pas rouler ensemble, puisque chaque membre de l’équipe fait ses tours en solo pour un temps d’équipe final.

Cette première découverte du Mans en solo a été très bonne. La fraîcheur avec laquelle j’ai fini a réveillé mon esprit sportif et m’a donné envie d’aller chercher de vraies performances pour l’année suivante, sans pour autant fixer d’objectif.

La motivation dans les jambes, j’ai eu envie d’aller chercher un nouveau challenge, terminer un marathon, soit 42,195 kilomètres. Objectif défini, j’ai donc coché le Marathon du Louvres Lens. Lors de ma préparation physique et de mes entraînements, je n’avais que ce dernier en tête, jusqu’à cette date du 13 Mai 2018…

Préparation physique et entraînements terminés, je suis maintenant dans le peloton de départ. Je suis entouré d’hommes et de femmes, plus ou moins âgés, de toutes nationalités, nous sommes près de 2000 personnes, ici pour finir cette course et je fais parti d’eux, à attendre le départ avec mon numéro 1863. Départ donné, des kilomètres et des heures parcourus, qui ont vu des abandons, des blessures, des dépassements, des contres performances, des exploits, pour se finir avec 1917 personnes dépassant la ligne d’arrivée et je fais partie d’eux ! À seulement 1h30 des meilleurs avec un temps à 03h 32min et 02 secondes, classé 336 dans le classement général et 154 sur 675 dans la catégorie senior, une belle performance personnelle pour mon premier marathon !

Dans cette même continuité, pendant les temps printanier, je m’inscris aux différentes courses d’endurance de 6h en roller en catégorie individuelle. ROLL’en Seine de Mont Saint Aignan, 88 tours pour 135 kilomètres, Rollers Day de Sainte Adresse, 98 tours pour 127 kilomètres, et ma plus grosse performance, Rouliroula de Nivelles, 55 tours pour 154 kilomètres réalisés* !

Une évidence m’est venue, réussir les 100 tours des 24h du Mans ! Pour cela, rien de plus simple, une fois le plan établit, il me fallait juste rouler pendant 20h à 21km/h, le tout en 4 sessions de 5h entrecoupées de 3 pauses de 1h, puis 2h, et enfin, une dernière heure !

Samedi 30 juin 2018, nous y voilà, sûrement les 24h sportives les plus planifiées que j’ai eues l’occasion d’organiser.

Un carton prêt avec tous mes ravitaillements, barres, gels énergétiques, boissons en poudre goût fraise et citron, brioches aux pépites, gâteaux, céréales et demi-bananes. Équipiers des autres équipes tout aussi prêts, connaissant le moment et le sac précis à me donner, car chaque sac a son intérêt dans mon alimentation lors de la course. Quelques dizaines de minutes restantes avant le départ, ma bulle m’entoure, elle qui m’accompagnait lors des entraînements qui m’ont rendus sûr de mon endurance, sûr de mes équipiers, sûr de ma préparation, la seule crainte reste… la qualité des chaussons…

15h50 :

Je tape dans les mains des amis qui m’ont accompagné et qui participent de leur côté en équipe.

16h00 :

Le top départ et… un dernier signe à la tribune ! La première montée du Dunlop avec comme première phrase de motivation ‘Monte comme-ci c’était ton dernier tour ! Je prends un premier grand train, quelques photos, quelques vidéos pour les souvenirs sur ce premier grand tour où le thermomètre indiquait 46 degrés au milieu de la piste… Ce qui a de génial, ce sont les descentes en train, qui font augmenter la vitesse naturellement, donnant de super sensations ! Mes premiers tours se font largement dans la moyenne des 12 minutes, et l’envie d’accélérer devient de plus en plus forte, il faut que je trouve un rythme plus élevé !

19h30 :

Tour 19, une belle allure dans un train, mais face au stade, je perds ma roue avant (que je retrouve finalement) mais impossible de mettre la main sur l’axe… Je dois prendre ma roue du milieu pour la placer devant, ce qui me fait perdre le train et deux précieuses minutes, m’obligeant à finir le tour sur deux roues (mes rollers en sont équipés de 3) et à m’arrêter au stand une première fois. J’en profite, quelques coups de fourchette dans mes pâtes, premiers pansements pour les quelques frottements que je sens sur le côté du pied, et un petit massage pour éviter une crampe. À chaque pause, le même rituel, position semi-allongée, enlever les rollers, m’arroser d’eau fraîche, manger quelques pâtes, masser mes jambes, mettre de la crème anti-frottement, changer de chaussettes, recharger une gourde et… petit passage aux toilettes. 40 min de passées pour ce rituel, de quoi à peine chambrer les équipiers qui attendent leurs tours !

20h15 :

C’est reparti, la température est encore chaude, mais devient plus raisonnable. Les tours s’enchaînent en même temps que les heures, je navigue entre le peu de monde présent sur le circuit, j’hésite quelques fois à faire une petite pause ou à prendre un sac de ravitaillement… Mais la température est la meilleure dans cette période de la journée, ce qui me donne la force de continuer.

23h15 :

Je me décide enfin à prendre une pause aux stands, puis voyant Nico repartir sur la piste, en solo lui aussi, j’attrape un sac de ravitaillements et je le suis, la pause attendra.

01h45 :

On m’indique que je suis à 43 tours, à un peu plus de 3h avant la mi-course. Cette fois, je m’arrête pour de bon, l’épaisseur des pansements n’est plus suffisante, je rajoute alors de la mousse par-dessus les chaussettes, maintenues à l’aide de bandage, et plus aucune douleur. Déjà 1h, le temps passe vite au stand, il faut y retourner, je prends un peu de gel alimentaire pour l’énergie et LET’S GO !

Lorsque je reprends, j’aperçois David, notre troisième solo, dans un très long train composé de solos que je décide de rejoindre et avec qui je roule pendant plus de 2h. Tour après tour, les éléments du train commencent à se détacher vers les stands, mais le gel avalé lors de la pause n’aurait pas d’effet assis sur un matelas… Je prolonge ma course de trois-quarts d’heure, tout doit être optimisé et je n’étais pas seul, une personne m’a accompagné, avec qui l’on a fait 4 tours à vitesse élevée.

05h00 :

Le soleil commence à se lever à l’autre bout du circuit, ce qui me fait hésiter longuement à continuer avant la forte chaleur qui s’annonce, ou prendre ma pause de 2h à cet instant, vu l’heure, j’opte pour la deuxième option. Je m’allonge, ferme les yeux sous mon duvet pendant 20 minutes, et à 6h45, on rechausse pour attaquer ce 62ème tour, en 2018, c’est compet ! Comparé à l’an dernier où je m’étais arrêté de 6h00 à 10h30.

07h00 environ :

Un départ dans ma bulle imperméable, j’écoute ma playlist, finement préparée, avec des chansons incontournables comme ‘Eye of the tiger’, ou des chants de supporters pour me donner l’impression d’être entouré et encouragé par ceux qui veulent nous voir réussir et performer. Comme ces footballeurs de la Scottish Football League, je m’imagine au Celtic Park, stade de l’équipe des Celtic Football Club, où ‘I just can’t get enough’ est chanté par 60 000 supporters ! Mes musiques sont aussi agrémentées de chansons plus classiques pour les souvenirs entre potes ou en vacances pour se motiver toujours plus.

08h00 environ :

J’aperçois Aline et Aurélien, membres de nos deux équipes en lice, faire une grosse chute suite à une collision, j’ai peur pour eux vu la violence du choc.. Au tour suivant, je comprends que c’est fini pour eux, ce qui donne un coup au moral à nos équipes et à moi-même, mais il faut se remobiliser…

10h00 :

J’atteins les 77 tours et nous sommes au trois-quarts de la course. J’ai deux tours d’avance sur mon objectif, je me sens bien physiquement, mon rythme ne baisse pas et aucun de mes tours ne dépasse 11 min 30 secondes. Le temps commence à se faire long, ma concentration diminue peu à peu, ce qui me fait sortir de ma bulle. Mon esprit s’évade vers les personnes restaient dans le Nord, est-ce qu’ils pensent à ce que je réalise et m’envoient des messages d’encouragement, mais rien pendant presque 24h… ce n’est pas grave, je le fais pour moi ! Je m’arrête seulement 1h45 après avoir repris, ce qui est ma plus courte session, même si j’ai réalisé 10 tours.

46 degrés au thermomètre, je m’arrose et chronomètre mes tours pour me rassurer, ma vitesse moyenne a augmenté depuis la veille, même si pour moi, nous étions encore samedi avec un départ le matin et une arrivée le soir même. J’arrive à ma sixième et dernière pause, je me dis que c’est la dernière fois qu’il fallait repartir.

13h00 :

Rituel accompli, je repars pour une dernière ligne droite avant 16h00 et il me reste 13 tours pour atteindre les 100… Je garde un très bon rythme, les tours sont toujours aussi rapide sur la montre, mais longs dans la tête, ce qui commence me faire perdre la notion du temps, des tours et de mes repères. Je demande plusieurs fois à combien de tours je suis, car je n’arrive plus à compter et une sensation très étrange est arrivée lors des 5 derniers tours, je n’arrive plus à reconnaître le circuit et je me demande constamment dans quelle partie du circuit je suis.

Le 100ème !!!

97… 98… 99… et enfin… le 100ème, accompagné de Grégoire, un membre d’une de nos équipes, je réalise ce centième… mon centième tour en 9 minutes 39 secondes, incroyable ! Mais ça, je ne l’ai su qu’en voyant les résultats finaux, dans mon élan actuel de la course, je me sens en jambe et sprint en donnant le max. Je double beaucoup de monde en le payant ensuite, puisque mon avant-dernier tour, à 15h50 se fait en 13 minutes 04 secondes, mais mon objectif est réalisé.

Pour ce 103ème tour, avec Chloé, Marco, David et Nico, solo ou membre des équipes, on décide de boucler ensemble et apercevant la ligne d’arrivée s’approcher, je repense à tout mon parcours depuis l’édition précédente, la pression redescend et les larmes montent en voyant nos équipes venues avec nous nous attendre. Mon plus beau moment de tous mes 24 heures confondues est arrivé une fois cette ligne d’arrivée franchie, où je tombe en larme dans les bras de tout le monde, sans vraiment réaliser ce que j’ai accompli…

Je remercie tous ceux qui ont cru en moi, les deux équipes engagées et les solos avec qui nous nous sommes tous soutenu.

Mentions très particulières à Clémence, Grégoire, et Juju qui m’ont permis de réussir ce défi en prenant sur leur temps de repos pour venir me donner les ravitaillements. Je vous ai déjà remercié, mais ce n’est pas de trop de l’écrire dans mon exploit personnel !

Maintenant David, je compte sur toi pour battre ce record de 103 tours, si tu y arrives, je t’annonce que l’année suivante, j’irai chercher le 120 ! Alors vise les 121 directement 😉

Pour 2019, pas de course en solo au programme, mais le retour en équipe pour aller chercher d’autres records collectifs avec l’équipe qui s’agrandit d’année en année. Je garde dans un coin de ma tête les 24h solo dans 2 ou 3 ans, appréciant les chiffres ronds, il va falloir arrondir à 500 kilomètres !

C’était mes 103 tours, 432km, soit 10 fois le premier marathon à pied que j’ai réalisé il y a un an avant mon exploit personnel.

239ème au classement général sur 335, 15ème sur 80 dans la catégorie individuel homme.

Si vous avez apprécié l’exploit de notre Keker, partagez cet article pour montrer ce que l’on peut accomplir en roller. Si vous désirez participer à l’aventure des 24h, venez vous entraîner pendant le créneau vitesse !

*Classements :

ROLL’en Seine de Mont Saint Aignan : 50ème au général sur 105, 7ème dans la catégorie sur 26.

Roller Day : 25ème au général sur 45, 6ème de la catégorie sur 13.

Rouliroula de Nivelles, 18ème au général sur 63, 4ème de la catégorie sur 13.